« Nous allons valoriser notre filière de la coiffure »

La loi "avenir professionnel" de septembre 2018 a rendu possible la création de CFA d'entreprise. Parmi les premières entreprises à mettre en place ce dispositif, L'Oréal propose une formation de niveau bac +3, menant à l'obtention d'un Bachelor « Coiffure et entrepreneuriat ». Nous avons posé quelques questions à sa directrice pédagogique, Stéphanie Bozonnet.

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Avec "Real Campus", vous avez ouvert un Centre de formation d'apprentis d'entreprise en début d'année. Quels sont les objectifs de la création de cette formation?

Comme l'a formulé Nathalie ROOS (directrice générale de la division des produits professionnels de L'Oréal) le jour de l'inauguration, « en proposant pour la première fois un Bachelor alliant coiffure et entrepreneuriat", nous souhaitons créer une filière d'excellence et offrir aux jeunes talents de la coiffure de demain, l'ensemble des outils et compétences nécessaires pour innover et repenser le parcours client ». Il s'agit aussi pour nous d'un enjeu de société, nous souhaitons revaloriser ce métier essentiel de la beauté, porteur de sens et d'émotions, favoriser l'insertion professionnelle des jeunes et encourager l'entrepreneuriat. Nous avons créé un nouveau métier, celui d'« entrepreneur de la coiffure », qui a été certifié au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), et nous avons la vocation de former des coiffeurs entrepreneurs de l'excellence, qui auront autant d'agilité dans leur métier de coiffeur, leur savoir-faire, que d’appétence pour l'entrepreneuriat. C'est la raison pour laquelle nous avons appelé ce Bachelor "coiffure et entrepreneuriat". Nous voulons aussi pouvoir donner une dimension internationale à nos jeunes talents, nous ouvrons notre école à l'anglais, ce qui n'existe pas dans les autres formations de coiffure. Ainsi pour la troisième année, les étudiants apprentis peuvent aller faire leur stage d'apprentissage dans un salon partenaire à l'étranger.

C'est quelque chose qui manquait dans les formations traditionnelles ?

Aujourd'hui en France, il y a 10 000 postes vacants en coiffure, et parallèlement il y a eu 10 000 apprentis de moins dans les CFA qui proposent des CAP (Certificat d'aptitudes professionnelles) et des BP (brevets professionnels). En créant ce Bachelor "coiffure et entrepreneuriat", notre ambition est de valoriser la filière de la coiffure, ce qui devrait permettre d'attirer de nouveaux candidats et de former les coiffeurs entrepreneurs de demain. La coiffure est un métier qui est aujourd'hui assez dévalorisé en France, alors qu'en parallèle, on le voit sur les réseaux sociaux, les hashtags coiffure font le buzz. Et avec le digital, il y a maintenant des vraies stars de la coiffure qui percent. C'est pour cela que dans notre Bachelor, un module sur la signature digitale existe, pour que nos futurs entrepreneurs sachent valoriser leur image sur les réseaux sociaux et sur Internet.

Est-ce que des salons de coiffure ont du mal à recruter aujourd'hui ?

Tout à fait. Les entreprises ont du mal à recruter des collaborateurs compétents ayant une excellente maîtrise pratique de leur métier, et une posture dans leur salon de coiffure pour travailler en tant que coiffeur. Et c'est pour cela que toute notre pédagogie tourne autour du parcours client, parce que c'est quelque chose d'assez oublié aujourd'hui, alors que c'est ce qui fait la différence. C'est la première fois qu'on propose, en France, de former des entrepreneurs de la coiffure sortant avec un diplôme reconnu bac+3, qui permet aussi une potentielle poursuite d'études.

A qui est ouvert ce diplôme ?

Aujourd'hui, on prend tout le monde, quel que soit l'âge et le diplôme, tant que l'étudiant a un niveau bac. Donc ça peut être des personnes ayant déjà un Bac et un BTS par exemple, ou des étudiants ayant un CAP et un brevet professionnel de coiffure. La différence, c'est que pour les étudiants qui n'ont jamais touché un peigne et un ciseau de leur vie, ils vont passer avant la rentrée scolaire un mois dans un "boot camp accélération coiffure". C'est un programme ultra-intensif dans lequel on va donner le niveau "plancher" à ces personnes qui, lorsqu'elles vont arriver dans le Bachelor, vont pouvoir intégrer le cursus du bachelor au même niveau que les autres étudiants.

Quels seront les lieux où il sera possible de suivre cette formation, et quelle sera la part réalisée en présentiel et celle à distance ?

Notre formation est donnée à "Real Campus by L'Oréal", dans le 14ème arrondissement parisien. Il y a 1 400 m2 dédiés à l'excellence de la coiffure, avec de très belles salles de pratique. La formation se fait donc en trois ans en alternance, en présentiel à l'école et nous allons également prévoir du e-learning, parce que nous voulons que nos étudiants suivent parfois leurs cours en télétravail. Toute notre pédagogie est en classe inversée, c'est-à-dire que les étudiants reçoivent les cours en amont, les étudient, et lorsqu'ils arrivent devant le formateur, celui-ci répond à leurs questions. Nos étudiants commencent leur contrat d'apprentissage avec trois mois de cours chez nous très intensifs, et ensuite ils partent neuf mois à temps plein en entreprise. Il est aussi possible de faire un contrat multi-employeurs. L'étudiant peut alors travailler dans différentes entreprises au cours des trois années, et par exemple partir dans un salon à l'étranger.

Quels ont été les impacts de la crise sanitaire sur la formation ?

Dès que j'ai fermé l'école, on a mis en place un système de e-learning tout de suite. A la levée du confinement, en revanche, nous avons rouvert l'école, mais avec des toutes petites sessions, pour finir le programme pratique. Et maintenant, tous nos apprentis de la session pilote sont partis en entreprise. Un deuxième point : j'ai dû reculer les dates de rentrée, on s'adapte.

Combien de personnes envisagez-vous de former cette année et dans les années à venir ?

Chaque année nous aurons trois sessions de cinquante étudiants, soit 150 par an, avec une session en septembre, une en janvier et une en avril. Mais pour cette première rentrée, exceptionnellement on va ouvrir la session à 80 étudiants.

Quelle est la démarche à suivre pour postuler à cette formation ? Et comment les candidats sont-ils sélectionnés ?

On peut avoir un projet professionnel pas encore tout à fait mature, c'est normal, et nous sommes là pour valoriser le projet professionnel. Cependant, nous voulons des gens qui soient très motivés, donc nous avons mis en place des tests de sélection très clairs. Pour rentrer chez nous, il faut s'inscrire sur le site de realcampus.fr. Il y a un questionnaire d'une dizaine de questions à remplir, et quelques jours plus tard un membre de mon équipe pédagogique vous contacte par téléphone, pour répondre à vos questions et discuter de votre projet. Si ce premier entretien téléphonique se passe bien, vous aurez un entretien visio avec la même personne, et enfin, vous aurez un troisième test devant un jury composé de partenaires business de L'Oréal et de coiffeurs qui, avec beaucoup de bienveillance, va vous poser quelques questions sur vos ambitions. Il décidera ensuite si votre candidature est recevable ou non, puis c'est moi qui travaille avec mon équipe, pour m'assurer que les candidats sélectionnés sont les bons, et qu'on prend bien les profils les plus motivés. On recherche des talents motivés !



Tous les jeudis soir à 18h, sur la page Instagram de "Real Campus", Stéphanie Bozonnet fait un live dans lequel elle répond aux questions sur la formation. Et les 15, 16, 17, 18 et 19 juin, des journées de rencontres avec les formateurs et de visite de l'école sont organisées, en petits groupes, (dix personnes maximum). Pour cela, vous pouvez vous inscrire sur notre site internet.