Du champ à l’assiette…

Les enjeux du développement durable sur les métiers de la chaîne alimentaire

Quels enjeux au regard du développement durable ?

Agriculture

L'agriculture française contribue à hauteur de 20% des émissions de gaz à effet de serre (essentiellement du méthane et ammoniac). L’usage intensif des engrais chimiques et de produits phytosanitaires contribue à la pollution des eaux et à la dégradation de la biodiversité.

Dans ce contexte, comment réduire l’empreinte environnementale ? L'agriculture bio est très emblématique mais ne se développe encore timidement que sur 3,5 % de la SAU (surface agricole utile) contre 5,1 % en moyenne en Europe. Cela représente plus de 23 000 exploitations. D'autres modèles alternatifs existent. L'agriculture de haute valeur environnementale s'engage à consacrer moins de 30% de son chiffre d'affaire aux intrants et plus de 10% de sa surface à la nature (haies, mares, bandes enherbées …). L'agriculture raisonnée consiste en une vision intégrée de l'approche environnementale sur le modèle des certifications ISO (14001 notamment). L'agriculteur cherche à optimiser son processus de production, en réduisant ses externalités négatives et à rendement constant.
 
Industrie agro-alimentaire

Les industries agro-alimentaires représentent plus de 12% des consommations d’énergie du secteur industriel. Le froid constitue une fonction indispensable et un poste énergétique et financier important. Les fluides frigorigènes émis dans l’atmosphère contribuent de manière très intense à l’effet de serre et donc au changement climatique.

Dans ce cadre, de nombreux défis se présentent au secteur agroalimentaire. Le premier est la réduction directe de l’empreinte environnementale par l’économie d’énergie tout au long du processus de production, la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES), la limitation de la pollution de l’eau, la gestion et la valorisation des déchets (biomasse par exemple).

Les consommateurs portent sur les produits des exigences sur la contribution à la santé et à la préservation de la planète. Pour y répondre, les industriels doivent s’engager dans une grande transparence : traçabilité, étiquetage environnemental des produits, respect de normes ou de référentiels (ISO 14001, NF EN 16001, EMAS) …
Avec les produits bio, collecteurs et transformateurs doivent s’adapter aux spécificités. L’offre en matière première bio est souvent atomisée, obligeant une planification concertée sur les espèces et volumes entre producteurs et transformateurs. Les outils de transformation sont également à adapter pour garantir la traçabilité des lots et la certification aval des produits.

Commerce et grande distribution à vocation alimentaire

L’image de l’enseigne est désormais évaluée à l’aune de sa gestion de l’impact environnemental et de sa promotion du développement durable.
Autres enjeux : les investissements en bâtiment avec le poste énergie et la chaîne logistique attendue pour rationnaliser les circuits de transport.
Les caractéristiques des filières d’approvisionnement se transforment avec les évolutions des modes de production et de transformation : des circuits plus courts, la saisonnalité des produits, des produits non calibrés, des ruptures d’approvisionnement possibles, et des prix qui peuvent variés en fonction de ces aléas … Autant de nouveaux paramètres, à intégrer dans les organisations.

Aujourd’hui, la prise en compte des enjeux environnementaux est une réalité mais qui se heurte à celle des prix (acceptable, côté consommateur) et des marges. Les plus grosses structures peuvent préserver leur action, mais les plus petites peuvent être en difficulté.

Quels changements pour les métiers ?

Agriculture

S’installer Bio revêt une signification importante pour l’agriculteur. Souvent, les exploitants parlent de « sens du métier », entrepreunariat et créativité, pour expliquer leur motivation. Egalement autre source de motivation, participer à la réduction des risques sanitaires, climatiques et à l’échelon individuel de contamination. Il ne faut pas sous-estimer la nécessaire acquisition de compétences spécifiques et une capacité d’organisation accrue de l’exploitation liées aux pratiques biologiques. La connaissance des contraintes techniques (ex: la lutte biologique sans pesticides), réglementaires (liées à la certification) et économiques (valoriser ses produits et les commercialiser dans des circuits courts) sont déterminantes pour réussir. L’agriculteur doit aussi pouvoir poser des diagnostics sur la gestion du milieu et ses interactions avec l’environnement, qui conditionneront ses choix techniques et organisationnels.

Le management environnemental (HVE Haute valeur environnementale) exige des compétences nouvelles sur l’ensemble du cycle de production afin de réduire tous les impacts environnementaux : connaissances renforcées sur la biodiversité, méthode de substitution aux procédés / semences / produits liés à l’agriculture intensive, gestion économique revisitée (qui n’est plus fondée sur le plus haut rendement agricole, qui introduit la diversification d’activités vers la vente directe ou l’agro-tourisme par exemple et nécessitant alors des compétences spécifiques de commercialisation et de relations humaines).

La gestion et la valorisation de signes de qualité, le développement de circuits courts innovants sont désormais des activités incontournables pour certains types de production. Les agriculteurs doivent pouvoir les décrypter pour mieux s’y engager.

Industrie agro-alimentaire

La fonction qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE)
Elle reste majoritairement celle qui au sein des IAA et de la distribution gère la responsabilité des aspects environnementaux. Les ingénieurs qualité apportent alors une expertise technique aux autres métiers.

Les métiers techniques Travaux et Maintenance, Logistique et Transport
Ils sont particulièrement concernés pour la mise en oeuvre des solutions d’économies d’énergie des équipements et des bâtiments, de réduction des émissions de CO2 liés au transport et à la logistique, de gestion des déchets des sites (notamment les emballages), de mises en place de filières de retraitement pour des déchets spécifiques (ex: fluides frigorigènes).

Distribution

Les métiers d’acheteur et chef de produit sont les plus fortement impactés et nécessitent d’être accompagnés par de la formation. Ils doivent maîtriser ce qu’est un produit éco-conçu pour en évaluer la réalité dans les propositions des fournisseurs. Cela se traduit par la connaissance de la signification de l’empreinte carbone, des impacts des emballages de transport et des suremballages des ventes. La prise en compte des impacts environnementaux oblige à renforcer la collaboration avec les services marketing, logistiques. Les exigences avec les fournisseurs porteront aussi sur l’information environnementale des produits, et feront partie des évaluations et des chartes (codes de conduite) fournisseurs.

Il s’agit aussi de sensibiliser les vendeurs aux caractéristiques des produits ayant un impact environnemental moindre : signes de qualité, conditions de production et de fabrication sont autant d’arguments de vente. Un vendeur spécialisé dans ces types de produit peut être un bon relais pour les équipes de vente .

Les métiers transversaux de conseil et d’évaluation

Les métiers du conseil (éco-conseillers, écoénergéticien,…), de l’évaluation (économiste de l’environnement), du management environnemental et de la certification (qualiticien, éco-certificateur) sont appelés à prendre une grande importance qu’il s’agisse d’agronomie (expérimentation de systèmes de cultures avec moins d’intrants, diversification d’activités, conversion au Bio par exemple), des bilans carbone ou énergétiques, de la traçabilité (Bio, Haute valeur environnementale HVE…), des cycles de vie, des règles de sécurité-santé des travailleurs. Ces métiers d’appui interviennent à trois échelles, tant aux côtés des agriculteurs que des industries agroalimentaires et les distributeurs :
- Appui à l’évolution des exploitations agricoles ;
- Appui à la réorganisation des filières ;
Appui à la construction de stratégie à l’échelle des territoires.
Souvent ces métiers sont pointus, et font partie d’organismes spécialisés (cabinet conseil, organisation professionnelle, organisation territoriale …)
Ces métiers comportent une part essentielle d’ingénierie de projet, interventions de terrain auprès de multiples acteurs, animation d’un dialogue multi- partenaires.
Plus particulièrement, le conseiller cumule des compétences agronomiques, économiques et organisationnelles. Le chargé de projet et études gère de bout en bout des problématiques environnementales sensibles dans la filière, telles que la valorisation des déchets, le traitement des pollutions, le développement des énergies renouvelables.
Ces métiers peuvent aussi faire le lien entre le monde agricole et le milieu naturel : en concertant les acteurs pour la prise en compte de la biodiversité, en participant à la valorisation du territoire.

La recherche
Les équipes tant publiques que privées devront être renforcées de près de 3000 chercheurs dans le cadre de la stratégie nationale de recherche et d’innovation sur l’alimentation, les biotechnologies, les éco-technologies appliquées à la filière.