Détecter l’illettrisme pour faciliter l’accès à l’emploi

Saviez-vous que 6 à 10 % des demandeurs d’emploi sont en situation d’illettrisme ? Pour bâtir une société plus juste, il est donc essentiel d'accompagner au mieux les personnes concernées. Afin de poser une brique vers plus d’inclusivité, l’Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme (ANLCI) et Pôle emploi Corse ont signé une convention tournée vers l’action et la mobilisation. Décryptage.

Détecter l’illettrisme pour faciliter l’accès à l’emploi

Oui, détecter et lutter contre l’illettrisme fait partie des solutions de recrutement.

« Il est important de définir l’illettrisme qui peut être confondu avec d’autres situations comme l’analphabétisme ou la non-maîtrise d’une langue étrangère. L’illettrisme concerne vraiment des gens qui ont été scolarisés en langue française, mais qui ont perdu ou pas suffisamment bien acquis la maîtrise de l’écriture, de la lecture et du calcul, explique Karine Tirel, Chargée de mission régionale de l’ANLCI en Corse. Souvent, les personnes en situation d’illettrisme ne disent pas qu’elles ne savent pas lire et/ou écrire. Elles adoptent des stratégies d’évitement et de contournement, ce qui fait qu’on ne le perçoit pas tout de suite comme une difficulté. »

« Souvent, les personnes en situation d’illettrisme ne disent pas qu’elles ne savent pas lire et/ou écrire. Elles adoptent des stratégies d’évitement et de contournement, ce qui fait qu’on ne le perçoit pas tout de suite comme une difficulté. » - Karine Tirel

6 à 10 % des demandeurs d’emploi sont en situation d’illettrisme

La non-maîtrise des savoirs de base fondamentaux empêche en effet de nombreuses personnes de rechercher un emploi, voire d’y accéder y compris lorsqu’il s’agit d’emplois peu qualifiés. « Par exemple, il n'est pas rare qu’une employée de ménage soit amenée à devoir lire des consignes, à compléter des fiches d’autocontrôle, qu’un ouvrier du bâtiment ait à suivre des consignes de sécurité…, illustre Michel Castelli, Directeur régional adjoint de Pôle emploi Corse. Impossibilité également pour ces personnes de passer des concours ou des examens.»

Même les personnes en emploi - la moitié des personnes en situation d’illettrisme sont actives – sont plus fragilisées. Ces dernières ont aussi développé des stratégies de contournement, en ayant recours à l’aide de collègues par exemple. Mais lorsqu’elles perdent leur emploi et se retrouvent seules dans leur recherche, les difficultés surgissent très vite, a fortiori quand l’illettrisme se combine à l’illectronisme. « Consulter des sites d’emplois, déposer et envoyer des candidatures, passer des tests deviennent autant d’obstacles insurmontables sans l’appui de tiers. Et quand bien même elles parviennent à conserver leur emploi, il leur est quasiment impossible de bénéficier d’une évolution de carrière ou de valoriser les compétences qu'elles ont, par ailleurs, pu acquérir dans leur métier », ajoute Michel Castelli.

Or le nombre de personnes en situation d’illettrisme est loin d’être anodin. En France, 2,5 millions de personnes sont concernées, soit environ 7 % de la population âgée de 18 à 65 ans. On parle donc de 14 000 personnes en Corse. Et parmi elles, 6 à 10 % sont des demandeurs d’emploi.

« Consulter des sites d’emplois, déposer et envoyer des candidatures, passer des tests deviennent autant d’obstacles insurmontables sans l’appui de tiers. »- Michel Castelli

Repérer pour mieux accompagner

Il est donc très important que les équipes de Pôle emploi parviennent à mieux repérer ces publics parfois invisibles et sachent quels mots poser avec eux sur ces situations, afin de les accompagner pour réapprendre les savoirs de base.
C’est tout l’enjeu de la convention de partenariat signée en 2023 entre Pôle emploi en Corse et l’ANLCI, l’agence interministérielle créée en 2000 pour mesurer, repérer et accompagner les personnes en situation d’illettrisme.

L’accord prévoit ainsi l’outillage des équipes dans la détection et l’orientation des personnes, la mise à disposition du service eva et la co-construction de solutions. « Nous avons commencé par des actions de sensibilisation de tous les agents Pôle emploi dans les 5 agences corses. À ces occasions, nous avons défini l’illettrisme, expliqué ses impacts et partagé une technique de repérage qu’on appelle la technique des faisceaux d’indices », raconte Karine Tirel. Personnes venant systématiquement accompagnées, demandeurs se plaignant d’avoir mal à la main ou prétextant avoir oublié leurs lunettes, autant de signes que les conseillers doivent avoir en tête pour envisager d’en parler ensuite. De plus, la direction régionale de Pôle emploi a nommé des référents illettrisme dans chaque agence ainsi qu’une référente régionale.

Et tous, ainsi que les psychologues du travail, ont été formés à l’outil de service public eva qui permet notamment de faire passer un test ludique, sous forme de serious game, pour évaluer le degré de difficultés d’un candidat mais aussi valoriser ses compétences transverses comme l’autonomie, la mémorisation et la concentration.

Co-créer les solutions pour sortir de l’illettrisme

La troisième étape consistera à construire des solutions de remédiation, comme des formations en situation de travail, ou des ateliers numériques. Néanmoins, il faut prendre le temps de construire ces solutions de réapprentissage car « toutes les personnes en situation d’illettrisme n’ont pas les mêmes difficultés ni les mêmes blocages », souligne Karine Tirel. Certains ont des « réticences très fortes à « retourner à l’école » comme ils disent ».
Enfin, Pôle emploi Corse et l’ANLCI entendent aussi faire de la prévention en entreprise en leur rappelant notamment qu’elles disposent de l’outil numérique eva pour réaliser un diagnostic des risques liés aux situations d’illettrisme dans leur organisation, et proposer des solutions aux salariés en difficulté avec les compétences de base.